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La tour à pommes de terre: ça marche mais…

10 Commentaires

Résultats de la récolte de la tour à patates

Des patates jusqu’en haut de la tour !

Les résultats de la récolte de ma tour à patates

Je rappelle d’abord que cette méthode non conventionnelle consiste à cultiver des pommes de terre à la verticale plutôt qu’à l’horizontale dans le but d’économiser de l’espace. En furetant sur le Web, on découvre une pléthore d’affirmations non vérifiées qui nous promettent des rendements pouvant atteindre 100 lb par tour sur 4 pi2 de surface (Web anglais) ou 100 kg sur une surface de 1 m2 (Web français). Différences de mesures mises à part, cela revient au même; on demande à chaque patate de donner 5 à 10 fois son rendement normal !

Chose certaine cependant, c’est que dans les deux échelles de mesure ces récoltes mirobolantes m’ont semblé fantaisistes, voire chimériques. Plus encore, presque tous les témoignages sur les résultats obtenus font état, le plus souvent, de piètres récoltes ou d’échecs cuisants. Très peu montrent véritablement des résultats satisfaisants et aucun n’avance d’arguments  scientifiquement documentés pour expliquer pourquoi ça devrait fonctionner ou pas.

Avant de vous dévoiler les résultats, je vous invite à lire la première partie de cet article où je vous explique d’où vient cette théorie et comment j’ai construit ma tour. Voir: La tour à patates, mythe ou miracle ?

Alors ça marche ou pas ?  Allons voir.

La récolte

la récolte de la tour à pommes de terre 2016

Un total de 70 patates: 8 très grosses, 9 grosses, 6 moyennes, 8 petites , 11 grelots et 28 de la grosser d’un pois

Plantées le 20 mai et récoltés le 11 octobre, mes 5 patates-mères m’ont donné exactement 22,5 lb (10,2 kg). Certes, c’est un peu moins de la moitié de mon objectif de départ 55 lb (25 kg), mais je suis satisfait car je m’attendais à un échec lamentable. Il faut savoir qu’un plant de pommes de terre produit en moyenne de 6 à 11 tubercules, pour un poids total allant de 1,65 lb à 3,30 lb (0,75 kg à 1,5 kg) par plant. La récolte de ma tour a produit une moyenne de 14 patates par plant, pour un poids total moyen par plant de 4,5 lb (2,04 kg). En détails cela donne 8 très grosses, 9 grosses, 6 moyennes, 8 petites, 11 grelots et 28 de la grosseur d’un pois. Je n’ai pas tenu compte dans la pesée des 28 pois, mais je les ai inclus dans le décompte du nombre total de tubercules puisqu’ils auraient probablement pu grossir davantage.

Ce rendement peut donc être qualifié de supérieur. J’ai d’ailleurs comparé ma récolte avec celle de 8 plants témoins donnés à mon voisin pour qu’il les plante en pleine terre. Le rendement des 5 plants de ma tour a surpassé celui des 8 plants en pleine terre. Le voisin a obtenu 15 lb (6,8 kg) soit un poids total moyen de 1,87 lb (0,75 kg) par plant, une récolte quand-même honorable mais significativement moindre.

Quelques observations pertinentes 

pomme de terre au sommet de la tour

Remarquez la coloration verte d’une patate tout en haut de la tour

1- La première surprise fut de découvrir une patate qui affleurait la surface du terreau, tout au haut de la tour. Elle commençait même à verdir sous l’effet de la lumière du jour. Il y en avait plusieurs autres à peine recouvertes de terreau. Ceci prouve que les tiges ariennes peuvent tubériser (produire des tubercules) au même titre que les stolons (tiges souterraines). Inversement, les stolons, s’ils émergent de la surface du sol, se transforment en tiges feuillées une fois exposés à la lumière. Ils ne tubériseront pas sur leur partie aérienne.

tubercules dans la tour à patates à différents niveaux

Vue des niveaux 1, 2 et 3

2- Il y avait des tubercules tout au long des tiges mais ils étaient surtout concentrées vers le haut et le bas de la tour. 1 ier étage= 40%, 2e= 10%, 3e=5%, 4e=15%, 5e=30%. J’ai aussi remarqué qu’environ la moitié des tubercules s’était formée directement sur la partie enterrée des tiges aériennes, ce qui confirme que les tiges aériennes peuvent tubériser.

3- Le terreau du centre de la tour était passablement sec. Cela pourrait expliquer rendement beaucoup plus faible du niveau 3.

4- Plusieurs tubercules, surtout les plus gros, étaient difformes. Cela se produit lorsque les plants subissent un stress au cours de leur développement. Ce stress peut être hydrique (manque d’eau) ou thermique (période de canicule). Ces deux types de stress peuvent  survenir séparément, en combinaison ou en alternance. Il se produit alors le “phénomène de la repousse”. Les tubercules qui avaient cessé de grossir se remettent à croître mais seulement sur leur partie la plus active, ce qui explique les déformations. C’est exactement ce qui semble s’être produit dans ma tour.

5- Le plant du milieu a produit passablement moins de tubercules que ceux des 4 coins; seulement 4 tubercules de moyenne grosseur. La canopée (l’ensemble des tiges et des feuilles) était tellement dense qu’elle avait tendance à étouffer le plant du milieu. J’ai bien tenté une manoeuvre pour lui donner plus de lumière, mais ça n’a pas réussi à lui faire rattraper son retard. Plus de détails dans le compte-rendu: Évolution à la mi-août

6- Le terreau s’est quelque peu tassé au fil de la saison. Normal quand on l’empile en tas de 4 pi (1,20 m) de hauteur. Mon mélange était pourtant léger, mais si jamais je refais l’expérience, je lui ajouterai une bonne quantité de perlite pour l’alléger davantage.

pomme de terre de 1,8 lb (680 gr)

Ma pomme de terre championne: 1,8 lb (680 gr)

En résumé

On oublie bien sûr les rendements de 100 lb et 100 kg, honteusement exagérés par des gens qui n’ont, de toute évidence, jamais tenté l’expérience eux-mêmes ou taisent leur échec. La moitié de cet espoir de récolte me semble cependant atteignable, ce qui constituerait déjà un rendement formidable.

Pour ma part, je crois bien que ce qui a empêché ma tour de produire une récolte record est le manque d’eau aux étages du milieu. Difficile quand-même d’évaluer ce qui se passe au coeur de la tour. J’avais toujours peur de trop arroser et de faire pourrir les tubercules. Un système d’irrigation, muni d’un censeur au centre de la tour, pourrait peut-être régler le problème. Mais il faut aussi penser au coût du projet par rapport aux économies (prix de l’équivalent de la récolte en nombre de sacs achetés à l’épicerie).

À titre d’exemple, le coût de réalisation du projet (sacs de terre à jardin, terreau commercial, sable et engrais) me revient à 45$ pour les 22,5 lb de patates produites et je ne compte pas le bois et le compost qui ne m’ont rien coûté. À l’épicerie, les sacs de patates se vendent actuellement à… 1 sac de 10 lb pour 5$.  Perte nette: 29,75 $. L’expérience en valait-elle la peine ?

Enfin, les références ci-dessous vous en apprendront plus sur la biologie de la pomme de terre (solanum tuberosum),  les cycles de développement de la plante et des tubercules et son mode de culture. Bref, tout ce dont il faut tenir compte quand on se lance dans la belle aventure de la tour à pommes de terre.

Si vous avez des commentaires,  une expérience de tour à patates à raconter on des questions, vous êtes les bienvenus de les partager dans la section commentaires. J’y répondrai avec plaisir.

À la prochaine

Références

Guides de culture de la pomme de terre

– NIVAA. 2002. Culture professionnelle de pommes de terre.  Institut néerlandais de la promotion des débouchés des produits agricoles. Pays-Bas

– Anselme Payen, Alphonse Chevalier. 1826. Traité de la pomme de terre. Thomine-Paris. Mémoire présenté à la Société Royale d’Agriculture, France.

– Nicole Fraser. 1998. La production biologique de la pomme de terre. Centre d’agriculture biologique. La Pocatière, Québec, Canada.

Stress hydrique

– Serge Olivier Kotchi (M.Sc.) 2004. Détection du stress hydrique par thermographie infrarouge. Application à la culture de la pomme de terre. Faculté de foresterie et géomatique. Université Laval, Québec.

– Thibault, P. 2003. L’importance d’une irrigation adéquate dans la culture de la pomme de terre. Colloque sur la pomme de terre, Centre de recherche en agriculture et agroalimentaire du Québec.

– Stark, J. C., and Wright, J. L. 1985. Relationship between foliage temperature and water stress in potatoes. American potato journal , Vol. 62, No. 2, pp. 57-68.

Stress thermique

– Van Dam, J., Kooman, P.L. & Struik, P.C. Potato Res (1996) 39: 51. doi:10.1007/BF02358206 Effects of temperature and photoperiod on early growth and final number of tubers in potato

Tubérisation

 – P.Rousselle, Yvon Robert, J.C. Crosnier. La pomme de terre : Production, amélioration, ennemis et maladies, utilisations. Institut national de la Recherche agronomique, Paris. Editions Quae,

– P. Madec, P. Perennec,, 1959. Le rôle respectif du feuillage et du tubercule-mère dans la tubérisation de la pomme de terre. Eur. Potato, J., 2, 22-49

Auteur : Marc Meloche

Je suis coach de jardin dans la belle région de Lanaudière au Québec. Horticulteur et paysagiste conseil, j'aborde avec vous le jardinage de façon différente, simple et cool.

10 réflexions sur “La tour à pommes de terre: ça marche mais…

  1. Quand on renchausse est ce qu’on enlève les feuilles avant d’ajouter de la terre ou on enterre les feuilles? Merci

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  2. Jài planter dans une tour à patates fabriquer en Mai et 9 tubercules de planter le 20 Mai, je me propose de les déchausser ce jeudi le 12 Septembre, bien sur avec un petit vidéo. J,e reviendrez avec un petit vidéo plus tard.

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  3. Merci pour votre article. Je m’apprête à cultiver des pommes de terre dans un gros pot sur le balcon, je verrai ce que ça va donner.

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  4. J’ai essayé l’an dernier de faire pousser des plants de patates dans un gros sac qui se déplie, en renchaussant au fur et a mesure que le plant grossit. J’ai été décue du résultat. Mais cette année j’ai fait pousser direct dans la terre….et j’ai aussi été décue 🙂 car j’ai eu une famille de 7 marmottes et elles ont festoyé dans mes plants avant que je les relocalise….Donc, je vais faire comme vous avez parlé….le prix des patates au marché revient a meilleur prix et au moindre effort. Je vais plutôt mette mes efforts sur d’autres plants. Merci pour avoir partagé votre expérience, c’était très intéressant!
    Christine

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    • Décidément vous n’avez pas de chance avec vos patates 😀 La tour à patates est finalement plus un défi à relever et une expérience de jardinage excitante qu’une culture rentable. Mais quand on réussit, alors: quelle satisfaction personnelle !
      Une idée serait de les cultiver en pots. Comme ça vous pourriez les changer de place facilement si les marmottes se présentent. C’est facile et le production est intéressante.

      Merci pour votre appréciation de cet article.

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  5. Bonjours, en lisant votre article j’ai penser a quelque petite chose.
    1 pourquoi ne pas mettre du carton déchiqueter plutôt que de la perlite cela serais a la fois plus nutritif car il se décomposerais et qui plus es il aiderais a conserver l’humidité.
    2 je me demande si d’autre variétés de pomme de terre tardive donnerais le même résultat(inferieur ou supérieur)
    J’avoue qu’a la lumière des résultats je serais curieux de monter deux ou trois tour a pomme de terre peut être en utilisant de vieux pneu je vais surement tenter l’expérience l’année prochaine.

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    • Bonjour Alexandre,
      Je pense que votre idée d’utiliser du carton déchiqueté pour aider à conserver l’humidité est intéressante. Je précise quand-même que mes plants n’ont pas manqué d’éléments nutritifs car le feuillage a atteint 6 pi de haut par autant de largeur! mais la rétention d’eau du carton pourrait être utile. Merci pour la suggestion.

      Pour le choix de la variété, l’important est que ce soit une variété mi-tardive à tardive. Il n’existe pas de listes fiables des variétés qui se prêtent bien à la culture en tour. Mais ça vaudrait la peine d’expérimenter d’autres variétés tardives.
      Quant aux pneus pour fabriquer la tour, j’ai vu une bonne vingtaine de tentatives sur le Web et aucune n’a donné de bons résultats. J’ai l’impression que les patates n’aiment pas les pneus 😀 D’après-moi, leur couleur noire accumule trop de chaleur à l’intérieur, ce qui nuit beaucoup au développement des tubercules.

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